Motorpsycho – The Death Defying Unicorn

Choisir le nom de son groupe est un moment important dans la vie d’un groupe. C’est un peu comme choisir le nom de son enfant. On va le porter toute sa carrière donc autant qu’il ne soit pas trop difficile à porter ni trop imprononçable et en plus, il faut qu’il synthétise l’esprit du groupe dans un tout petit nom. Les Norvégiens de Motorpsycho l’ont parfaitement compris quand, à la fin des années 80, ils choisissent, pour leur bébé, le nom d’un film de Russ Meyer et qu’ils se lancent en surfant sur la vague heavy et grunge de ces années là. Pendant les années 90, Motorpsycho sort plusieurs albums efficaces tout en essayant de se renouveler et d’expérimenter de nouveaux sons. C’est en 2000 que le groupe opère un virage à 180° en abandonnant la musique noise et le heavy metal pour se pencher sur la fusion, la vraie, au sens propre. Celle qui mélange toutes les influences du groupe et flirte avec le jazz aussi bien qu’avec le grunge (on ne se refait pas) et qui fait du coude à la musique classique avec les longues envolées de cordes caractéristiques du groupe. Ce nouveau double album « The Death Defying Unicorn » ne déroge pas à la nouvelle règle du groupe : faire de la musique intelligente sans se poser de questions.

Ce nouvel opus s’ouvre directement sur « Out of the woods », une intro en forme de générique grandiloquent où l’on ressent qu’un grand moment est à venir. Autant le dire tout de suite, ce disque s’écoute dans son intégralité tellement tout se tient et ne forme qu’un. Ce n’est pas un album de « consommation », il faut le voir comme un « film musical ». Les chansons s’enchaînent à la perfection et sont construites de main d’orfèvre. Comme sur « The Hollow Hands » qui commence par ce qui semble n’être qu’un assemblage d’instruments jusqu’à une explosion de cordes qui donne tout son sens au morceau. On continue le tour de manège avec un retour au calme soutenu par une guitare et une flûte ! Puis la voix aérienne apparaît et on sent toute la rage du groupe contenue dans une batterie saccadée avant l’explosion finale. On retrouve tout ce que le groupe aime avec des morceaux très « jazzy » comme « Through The Veil » ou « La Lethe » où le terme « fusion » est plus présent que jamais. Certaines chansons font forcément penser aux meilleurs albums des Pink Floyd avec des chansons alternant le léger et le grave comme « Oh Proteus – A prayer » qui contient plusieurs « parties » (comme la majorité des chansons de cet album). On est frappé par tant de recherche et de richesse musicales comme sur « Doldrums » où on assiste à une scène de film grâce aux cuivres et aux cordes qui nous racontent quelque chose juste avant de partir sur le morceau suivant (« Into The Gyre ») où la voix réapparait pour mieux partir sur une batterie bien lourde. Les Norvégiens n’oublient pas leurs « folles années » et nous assènent, pour finir, 2 titres beaucoup plus rock et grunge : « Mutiny » et « Into The Mystic » qui se termine comme avait commencé cet album: un tourbillon d’instruments pour une conclusion parfaite à ce disque.

La musique de Motorpsycho est exigeante mais si vous franchissez le pas et que vous êtes conquis, vous vous demanderez, tout comme moi : Comment ai-je pu passer à côté de ce groupe pendant toutes ces années ?

Motorpsycho à Courtrai (Belgique) le Vendredi 27 Avril 2012 et à Esch sur Alzette (Luxembourg) le Dimanche 29 Avril.

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